
La jeune vampire Sasha a un sérieux problème : elle ne supporte pas de voir un humain souffrir, et ne peut donc pas tuer pour se nourrir. Pourtant, à cause de ses scrupules, elle-même risque de mourir. Ses parents, exaspérés par ses simagrées humanistes, ont pris la décision d’arrêter de « chasser » pour elle, lui coupant par conséquent l’approvisionnement en sang et mettant sa vie en danger. Cet ultimatum lui fiche un sacré coup au moral, au point de la mener à s’embrumer dans des idées bien sombres. Lors d’une réunion de dépressifs anonymes à laquelle elle se rend pour la première fois, Sasha rencontre Paul, un jeune homme solitaire aux tendances suicidaires. Les deux adolescents nouent alors un lien étrange… Après avoir appris l’étrange secret de Sasha, Paul lui annonce être prêt à donner sa vie pour elle. Le marché accepté, ils se lancent dans une quête nocturne pour exaucer les dernières volontés de Paul.
Visuellement parlant, tout est sombre dans ce film (logique, les vampires vivent la nuit!), le peu de lumière qui éclaire les scènes vient des néons et du sang. Sinon, pour le fond, il s’agit sans hésitation d’une histoire d’amour : deux jeunes à qui ça arrive vraisemblablement pour la première fois et qui n’osent pas. L’exception de l’histoire de Paul et Sasha est que l’amour, son acceptation plutôt – et sa consommation ? – est ici transposé en meurtre consenti.
Amour et mort, indistinction ou antagonisme entre les deux, voilà bien un topos mille fois exploité dans la littérature – tout le bordel des tragédies de Racine à Aurélien (la seule issue pour conserver l’illusion du caractère absolu de son amour avec Bérénice se trouve dans la mort) – se retrouve dans ce bal aux vampires… c’est littéralement et explicitement que sont traduites, par les plans fixes où Paul et Sasha regardent droit devant eux alors qu’ils sont côte à côte, la paralysie et la gêne de deux êtres qui s’aiment, qui ne savent pas quoi en faire et qui repoussent le moment où il va falloir s’embrasser ; où il va falloir tuer (Sasha) ou mourir (Paul). Ce moment arrive nécessairement, mais le drame est évité par un compromis entre l’amour et la mort : Paul demande à Sasha de le transformer en vampire afin qu’ils puissent se lancer tous les deux dans une collecte (létale) de sang collecté auprès de suicidaires. Dans le motel, la morsure, c’est le bisou. En bref, une histoire d’amours adolescentes sur mesure pour deux personnes faites l’une pour l’autre, puisque l’une voulait mourir et l’autre devait tuer.
Amours et morts ici heureuses, donc ! Une chance quand, dans bien des cas, ce n’est que pur malheur qui naît de la jonction des deux. Pensez à Miette et Silvère dans La Fortune des Rougons d’Émile Zola (chapitre V ; un des chapitres les plus beau de la littérature française), qui à force de se “[…] se griser d’un bonheur qui irrite la mort et la rend jalouse”, n’ont connu comme destin que le triste sort qu’ils avaient inconsciemment pressenti… “Vaguement, avec leur imagination vive, ils se disaient que leur amour avait poussé, comme une belle plante robuste et grasse, dans ce terreau, dans ce coin de terre fertilisé par la mort”.
… en filigrane, peut-être une question posée sur le droit à choisir de mourir ?
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